Les Filles ne savent pas nager

Ma parfaite

Mercredi 7 Juin 2006 à 1h06


C'est rouler dans une Nash noire sous un ciel tellement nuagueux qu'il en est blanc. Un ciel électrique. Une tempête qui se trame, se prépare. Mais la pluie qui refuse de tomber. Un ciel nerveux. Comme un toxico en manque depuis 2 jours.
Rouler dans une Nash noire, sous un ciel blanc avec en plus du brouillard.
Le Blanc. Et le vert. Trop vert des grands pins qui surgissent parfois, de part et d'autre de la route.

C'est une maison sinistre. Où les marches des escaliers font le bruit de tambours quand on grimpe dessus.
Et le parquet qui fait smock smock quand on marche le matin.

C'est la forêt violette. A 3 heures du mat' en été.
Et les grandes plaines bleues. A 4 heures de l'après midi en hiver.
Et croire que l'herbe frissonne doucement quand je lui marche dessus. Entendre les arbres murmurer. Prendre le bruit du vent furieux pour un chant céleste.

C'est mon père et moi, dehors. Lui qui me parle en montrant du doigt un point au loin, sur une montagne. Et j'entend rien à ce qu'il dit parce que y' a trop de vent. Et je ne vois rien, toute façon. Mais je regarde quand même.

Cest ma voix rauque et incertaine. Qui tremble comme les cordes d'un vieux violon. Ma voix rauque et caverneuse qui surgit comme après un long sommeil.
Ma voix rauque juste parce que ça faisait longtemps que je n'avais pas parlé.
Et je suis completement à la ramasse.

Ce sont les parkas lisses et glaciales. Qui raclent la peau en faisant un petit bruit aigu zip zip.
C'est comme vivre à Minneapolis. Dans le nord.
Les rues désertes. Paumées le soir.
Parler à 1.5 à l'heure. 2 d' tension. Les phrases de 3 mots qui durent 10 minutes.
C'est de ne plus savoir mon /nom.

C'est le canapé lisse et froid comme une couleuvre.
Et la bouteille de Jack's, couleur cuivre, qui trone sur la petite table basse, juste à côté de l'échiquier en chantier.

C'est le parquet qui fait ssshhh ssshhh sous les pas, quand je rentre tard et bien crevée.
C'est lire "A une heure du matin" de Baudelaire. "Le double assassinat de la rue morgue" ou "Morella" d'Edgar Allan Poe. La nuit.
C'est la voix dark, lancinante et envoutante de Tricky, dans la tête. En permanence. La chanson Hell is around the corner.

C'est le matin, glacé et ma joue gelée. C'est le soleil qui se réveille doucement et les oiseaux qui chantent pas.

Et je passe la journée, entre salon et cuisine. Un gros plaid sur le dos et d'énormes Uggs very old-fashioned aux pieds, je me traîne. Salon cuisine. Des Allers et retours pour remplir ma tasse, de thé bûlant. A l'arrache, à l'ouest comme quand t'as rhume qui te déchire.

C'est moi et ma vie de rêve. De palace.
C'est ma maison sinistre.
Que j'aime.

Sans avoir rien pris. Rien bu, rien sniffé.
Je suis bien.


par marya